Interview: Bosch Rexroth Canada
Nom: Joe Fletcher
Fonction: Inventory Analyst
Entreprise: Bosch Rexroth Canada
Depuis combien de temps travaillez-vous chez Bosch Rexroth
Canada ?
Cinq ans
Quelle est l'activité de votre entreprise ?
Bosch Rexroth Canada fournit des solutions d'entraînement et de
contrôle pour les principaux domaines technologiques de
l'hydraulique industrielle, des entraînements et des contrôles
électroniques, des technologies linéaire et d'assemblage, de la
pneumatique et de l'hydraulique mobile et de service. Nous
distribuons des produits aux utilisateurs finaux, aux
équipementiers et aux revendeurs par l'intermédiaire d'un réseau de
distribution national qui dessert toutes les régions du Canada.
Cela inclut un groupe d'ingénierie et de fabrication qui travaille
main dans la main avec les clients et dont le but est de
développer, concevoir et fabriquer des groupes hydrauliques qui
répondent à leurs besoins spécifiques. Nous offrons aussi des
services d'expertise et de réparation en interne pour nos
composants, et nous mettons à disposition des techniciens
d'entretien itinérants qui se rendent sur place pour venir en aide
aux clients.
Depuis combien de temps occupez-vous le poste d'Inventory
Analyst?
Deux ans et demi
Quels changements avez-vous constatés depuis que vous
travaillez dans ce domaine ?
Des délais d'usine plus long ; une industrie de transformation
nationale entrée en récession ; une augmentation de la pression
exercée par les produits fabriqués à l'étranger, dans les pays en
développement.
Est-ce que les choses ont fondamentalement changé depuis vos
débuts ?
Oui. Il existe plusieurs influences négatives sur le marché que
nous devons affronter dans notre environnement commercial
actuel.
Notre entreprise fournit plusieurs marchés qui ont traversé une
grave récession ces dernières années. Le plus important étant le
secteur automobile aux États-Unis, avec les trois plus gros
constructeurs américains (les « Big Three ») affichant des pertes
annuelles, réduisant leurs effectifs et leurs dépenses dans le
capital. Nous fournissons ces clients via la vente directe de
composants et de pièces détachées aux différents équipements de
production dont ils disposent sur leurs sites mais nous fournissons
également les équipementiers qui fabriquent ces équipements pour le
secteur automobile. Comme les fabricants de presses hydrauliques,
d'équipements de manutention, de machines-outils, etc. souffrent,
nous subissons nous-mêmes en conséquence les effets de ce
ralentissement dans le secteur automobile au travers de nos ventes
directes et indirectes.
Plusieurs autres domaines du secteur secondaire canadien sont en
déclin, comme l'indiquent les pertes de près de 100 000 emplois en
2005 et 60 000 en 2006. Bien qu'une partie soit liée au secteur
automobile, d'autres industries ont été touchées telles que le
textile, l'acier, l'industrie du bois et du papier. Nous sommes à
notre tour concernés par cette récession puisque nous fournissons
ces industries ainsi que leurs sous-traitants. Nous avons des
relations similaires à celles que nous entretenons avec le secteur
automobile. Dans le secteur forestier, par exemple, nous
fournissons non seulement des équipementiers très importants qui
fabriquent du matériel forestier et d'exploitation des forêts mais
aussi des scieries, des papeteries et des usines de pâte à papier.
Étant donné que la demande en provenance des usines diminue, les
demandes en bois diminuent également et avec elles, les demandes de
nouveau matériel forestier. Dès lors, un ralentissement dans l'un
des secteurs de l'industrie tels que les usines de papier, que nous
fournissons directement, peut avoir un impact plus large sur
d'autres secteurs tels que les fabricants d'équipement, que nous
fournissons également.
Ce ralentissement peut être expliqué en partie par
l'augmentation de la valeur du dollar canadien face au dollar
américain. En janvier 2003, le dollar canadien valait 0,63 $
américain tandis qu'aujourd'hui, il en vaut 0,94 $ ce qui rend le
marché canadien moins attractif pour les investisseurs étrangers.
De nombreuses entreprises canadiennes sont des filiales de sociétés
américaines et alors que ces dernières avaient l'habitude d'avoir
un retour sur investissement élevé en ouvrant des établissements au
Canada, cet avantage économique est devenu moins intéressant. De
plus en plus d'entreprises cherchent à investir dans des pays à bas
coûts de production où leurs dollars ont plus de valeur.
L'explosion économique qui a lieu en Chine, en Inde, au Brésil et
dans d'autres pays en développement en est le reflet.
Puisque la conjoncture change, nous devons nous adapter en
conséquence. Nous continuons d'essayer de diversifier notre
clientèle dans des secteurs où nous ne nous sommes peut-être pas
assez impliqués. Nous essayons aussi d'augmenter les ventes auprès
de nos clients dont l'activité reste forte. Par exemple,
l'industrie pétrolière et gazière reste très solide,
particulièrement dans la région des sables bitumineux de l'Alberta.
Nous espérons profiter de cette situation en attendant que d'autres
secteurs se remettent des problèmes qu'ils ont rencontrés. Cela
devrait bientôt arriver puisque les efforts de restructuration du
secteur automobile sont terminés et que les entreprises comprennent
certains des dangers liés à la production dans les pays en
développement. Ces problèmes sont manifestes si l'on considère la
qualité de certains des produits en provenance de ces régions et
cela a été récemment souligné par les médias avec de très
importants rappels de produits fabriqués en Chine.
En quoi cela a-t-il eu un impact sur votre travail ?
Aujourd'hui, l'accent est placé sur le maintien de niveaux de
stocks plus bas par rapport à une époque où les ventes étaient
élevées et où l'on se souciait moins d'avoir des excédents. À
présent, on accorde beaucoup d'importance aux rendements en
interne, comme des niveaux de stocks bas, pour améliorer la
rentabilité dans un contexte de marché difficile.
Comment voyez-vous l'avenir de la planification de la chaîne
logistique ?
La compétition accrue avec les marchés émergents rend
essentielle l'amélioration de l'exploitation nationale si nous
voulons rester compétitifs. Cela implique de réduire les stocks et
les coûts qui y sont liés, de prévoir correctement leur utilisation
future de façon à répondre rapidement aux demandes des clients en
ayant des produits disponibles à la vente immédiatement. Si vous
n'êtes pas à même de fournir vos clients comme ils le demandent,
ils risquent de se tourner vers la concurrence et il est alors
difficile de regagner leur confiance.
À quels défis personnels faites-vous face au quotidien dans
votre travail ?
Faire prendre conscience au personnel du service commercial des
risques qu'engendre un stock excédentaire. Leur préoccupation
principale est la vente, et des stocks importants leur facilitent
la tâche car ils peuvent annoncer aux clients qu'ils disposent
d'une large gamme de produits disponibles immédiatement. Il arrive
souvent qu'ils acceptent de garder encore plus de stock pour des
clients qui se sont dits intéressés par certains autres produits.
Ils ne prennent pas suffisamment en considération ou n'essayent pas
véritablement de comprendre le fait que si un client ne s'est pas
engagé à acheter les produits qu'il nous a demandé de lui garder en
stock, nous risquons de ne pas pouvoir écouler ce stock
inutilisable. Nous appelons ce type de stockage « accord à
l'amiable » et on découvre ensuite que le client n'achète
finalement pas les produits qu'il nous avait demandé de
stocker.
Comment les résolvez-vous ?
En surveillant les niveaux de stocks et en évaluant les
changements des habitudes d'utilisation. Nous avons également
établi des accords avec les clients qui stipulent que ces derniers
s'engagent à acheter un niveau de stock de sécurité convenu que
nous leur garantissons, dans l'éventualité où ils changeraient
leurs exigences ou nous n'en aurions pas l'utilité après une
période de six mois. Les stocks au-dessus ou en-dessous de ce
niveau que nous gardons pour maintenir un flux de produits adapté
est de notre responsabilité s'ils décident de ne plus acheter les
produits, mais au moins, nous partageons une part de responsabilité
avec le client par rapport aux niveaux minimums. Cela nous aide à
avoir une certaine prise sur les « accords à l'amiable » et nous
donne un recours pour nous défaire de ce stock, au cas où le client
changerait ses besoins.
Quels progiciels utilisez-vous pour vous aider dans votre
travail ?
Optimiza; et
Crystal Reports
Quel conseil donneriez-vous à d'autres personnes qui font le
même travail que le votre ?
Agissez à l'avance et agissez souvent pour vous défaire des
stocks morts ou dormants. Vous pouvez le faire par le biais d'un
retour de produits au vendeur, de promotions des ventes et/ou en
transformant ces stocks en produits actifs. Si l'on attend trop
longtemps avant d'agir, la tâche risque de devenir impossible à
gérer, avec des produits trop vieux à renvoyer, trop vieux pour
être utilisés dans d'autres composants ou simplement indésirables
sur le marché. Cela ne laisse pas d'autre alternative que de passer
les produits par pertes et profits et de les mettre au rebut. Agir
à l'avance permettra de libérer plus de capital à investir dans des
produits actifs ou d'élargir la gamme des produits que vous gardez
en stock. Avec un peu de chance, cela améliorera le service client,
élargira les gammes de produits en vente auprès des clients
existants et vous permettra d'en conquérir de nouveaux.